La course au Mégapixel
Article de Raphael Goetter
Une étude récente dans un magazine photo annonce que le premier critère d’achat d’un appareil photo numérique (54%) est le nombre de Mégapixels dont il est doté, devant les facteurs de prix et de qualité d’image !
Tout photographe amateur quelque peu renseigné sur la question, sait que le nombre de Mégapixels (Mpx) est loin d’être une condition suffisante pour faire de belles photos et que l’essentiel réside dans la qualité de l’optique, la taille et les performances du capteur de l’appareil. Sauf que…
Sauf qu’il est loin d’être évident de quantifier la qualité d’un objectif ou d’un capteur. Or un Mégapixel, c’est un chiffre, c’est palpable, c’est puissant, c’est vendeur. C’est simplement parfait pour une publicité de produit photo.
(La partie suivante est librement extraite de mon livre « B.A.-BA de la photo de bébé »)
Vous avez dit Mégapixel ?
Le pixel est la plus petite unité d’information exploitable en informatique, que ce soit sur un écran d’ordinateur ou sur un appareil photo numérique. Pour schématiser, il s’agit du nombre de points visibles qui vont constituer le fichier d’image.

Un (véritable) APN de 160Mpx
Une image numérique constituée par exemple de 1200 pixels en largeur et 835 pixels en hauteur compte environ 1 million de pixels, soit un mégapixel. Pour la petite histoire, ce n’est qu’en l’an 2000 que se généralisent les appareils numériques de plus d’un mégapixel.
Sachez que cette définition de 1 Mpix est quasiment suffisante pour que cette image occupe tout le fond d’un écran d’ordinateur puisque les écrans actuels de 19 pouces ont une résolution de 1280×1024 pixels.
Pour les tirages photographiques, il est reconnu qu’une définition de 3 Mpix est amplement suffisante pour une photo au format classique 10×15 cm, et que 5 Mpix conviennent pour un agrandissement en taille A4 voire A3.
Actuellement, les compacts atteignent parfois des valeurs supérieures à 15 Mpix. Du côté des reflex, le panel est plus large : certains reflex professionnels n’affichent « que » 8 ou 10 Mpix alors que d’autres s’élèvent à 15 Mpix voire à plus de 20 Mpix… et je n’évoque même pas les appareils professionnels de studio !
Plus il y a de pixels, plus la définition de l’image est précise. Mais contrairement à une idée reçue, le nombre de pixels n’a que très peu d’effet sur la qualité de la photo, ce n’est qu’une indication sur la taille d’agrandissement possible ou sur le recadrage ( »crop ») que l’on pourra effectuer sur l’image.
Pour résumer sommairement : il est aussi facile de rater une photo avec un appareil de 15 Mpix qu’avec un appareil de 4 Mpix !
La course au mégapixel semble être plus un argument marketing qu’un réel avantage sur le terrain, car les réels critères de qualité d’une photo numérique se situent au niveau du capteur de l’appareil et de son optique.
Pixels, qualité et hautes sensibilités
Entre un appareil compact et un reflex, la différence de taille de capteur est conséquente : celui d’un appareil reflex professionnel peut être 45 fois plus grand que celui d’un compact d’entrée de gamme.
La définition proposée par les appareils numériques est passée de quelques milliers de pixels à plus de 15 mégapixels de nos jours, même sur les compacts (imaginez qu’on trouve même des capteurs de téléphones portables de 8 Mpx !).
Or la taille des capteurs n’ayant pas augmenté depuis l’ère numérique, celle des photosites, les cellules photosensibles, est devenue de plus en plus réduite pour accueillir cette masse de mégapixels toujours plus grande. Plus il y a de photosites sur la même surface, plus l’augmentation de la sensibilité ISO est susceptible de dégrader l’image car la lumière est capturée de façon moins qualitative.

Différentes tailles de capteur photo : téléphone, compact et reflex
En clair, s’il y a « trop » de mégapixels, les capteurs ont plus de difficulté à rendre proprement les zones très claires ou très sombres dès que l’on monte en ISO, cela se traduit par des points colorés parasites (le « bruit »). Dans ce domaine, certains «vieux» appareils de 6 à 8 Mpix avec un capteur plus grand que la moyenne produisent parfois de meilleures images que certains boîtiers récents dopés aux mégapixels.
Retour à la raison ?
L’idée que le Mégapixel ne fait pas tout dans la photo numérique, malgré les sondages, commence à faire son chemin et les constructeurs l’ont bien compris : le nouveau compact expert Canon G11 affiche une définition de 10 Mpx tandis que son prédécesseur (Canon G10) proposait un capteur de 15 Mpx, Panasonic se limite également à des résolutions « acceptables » dans ses récents compacts : 12 Mpx pour le Lumix LX3 et le Lumix GF1 par exemple. D’autres marques suivent l’exemple. Le mégapixel ne sera bientôt plus un argument de vente suffisant.
Et pourtant, ces ténors du marché pourraient dépasser la barre des 20mpx sur leurs compacts.
Mais le marché a changé, la guerre technologique s’opère dans un tout autre domaine : celui des hautes sensibilités. Certains constructeurs affichent dorénavant des chiffres records de plus de 100.000 ISO (Nikon D3s, Canon 1D mark IV), soit une sensibilité 5x supérieure à celle, devenue classique, de 3200 ISO. Dans ce secteur, les boîtiers argentiques sont à présent largement dépassés.
Cette nouvelle guerre des sensibilités risque d’être bien plus intéressante que celle des mégapixels : pouvoir réaliser des photos « correctes » en intérieur ou dans un endroit sombre avec un compact est le rêve de bon nombre de photographes amateurs, puisqu’à l’heure actuelle, seuls les reflex ne s’en sortent pas trop mal dans ce domaine.
A l’avenir, il faudra compter sur de nouvelles courses marketing palpitantes : celle des compacts de qualité reflex, mais aussi celle des optiques à très grande ouverture sur les compacts. Dans quelques années, les compacts de demain accompliront enfin le fantasme de tout passionné : l’amalgame entre la qualité, la performance et la réactivité des reflex actuels… dans un boîtier compact, léger et peu encombrant.
On y arrive petit à petit…

Goetter
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On est toujours aux 6 Mpx de notre D50 et je n’ai jamais eu besoin de plus.