La photographie au flash
Article de Raphael Goetter
Depuis que je suis amateur photo, je n’ai jamais été très fan du flash. Je fus même longtemps un extrémiste anti-flash, pour la bonne et simple raison que… le flash c’est mal !
Cela fait un an pourtant que je révise de plus en plus mon jugement et que je commence à apprivoiser cet outil démoniaque sans pour autant le maîtriser complètement.
Du coup, j’en profite pour faire un rapide topo sur ce qu’il faut faire ou ne pas faire avec un flash.
Le flash c’est mal
Commençons par un précepte qui a fait ses preuves : le flash c’est mal.
Ben oui, parfaitement. Le flash renvoie une lumière dure et très localisée ; il est le meilleur moyen d’obtenir des portraits couleur « fromage blanc », surexposés, avec des yeux rouges de lapin malade, des ombres nettes partout dans le visage, des cernes et des rides accentuées. Forcément, tout cela n’est guère encourageant.
En fait, une fois qu’on a bien compris le principe et le fonctionnement d’un flash, on comprend également qu’il est possible d’atténuer voire de s’affranchir de cette liste de gros défauts.
Pour commencer, découvrons les 3 paramètres importants à prendre en compte lorsqu’on utilise un flash :
- La luminosité ambiante de la scène. Si le flash est la seule source lumineuse, celle-ci sera toujours très dure et directe. Les ombres seront marquées et tous les défauts de peau accentués. De plus, aux couleurs originelles de la scène seront substituées la teinte froide de la lumière du flash,
- La distance du sujet principal. Si le sujet est très proche (moins de 2 mètres), il sera surexposé ; s’il est trop loin (plus de 4-5 mètres), toute la scène sera sombre,
- La proximité du flash avec l’axe de l’objectif. Plus l’éclair du flash est proche de l’objectif, plus les incidences sur la rétine seront grandes. En clair, les appareils photo compacts, avec leur flash collé à côté de l’objectif sont parfaits pour obtenir de jolis yeux rouges.
Comment remédier à ces défauts ?
Commencez par jauger la luminosité ambiante et dites-vous que votre flash ne doit être considéré que comme une source lumineuse complémentaire à celles déjà existantes. Cela permettra de conserver l’ambiance lumineuse et les teintes de la scène.
Évitez les gros plans de visage avec un flash, mais ayez en tête que les petits flashs intégrés ont une portée très réduite. Si le sujet photographié est trop loin, les calculs de l’appareil sont faussés : le capteur calcule l’exposition en tenant compte du flash… mais celui-ci est inutile car il n’éclaire pas à plus de 4-5 mètres. Pour ne pas fausser les paramètres, la solution la plus simple est d’interdire le flash et de stabiliser l’appareil pour éviter les flous de bougé dûs à la faible vitesse. Une autre solution est d’opter pour le mode scène » nuit » qui adaptera l’appareil à la luminosité ambiante.
Pour ce qui est des yeux rouges, il n’y a pas de solution miracle. Si vous disposez d’un appareil compact, le mode « anti yeux-rouges » n’est pas franchement optimal en général : le pré-éclair fait bien son effet, mais a pour conséquence de faire cligner des yeux. Au final, les yeux ne sont pas rouges… mais fermés. Par contre, si vous possédez un appareil reflex, il serait temps de penser à acquérir un flash externe (dit « cobra »), car la distance flash / objectif permettra de diminuer quasi complètement les effets yeux rouges.
En résumé, évitez le flash dans ces trois cas de figure :
- quand le flash serait la principale source de lumière de la scène
- sur des sujets très proches… ou très loin
- lorsqu’il y a un risque de gêner le sujet (bébé qui dort, spectacle ou compétition sportive)
Mais alors, quand utiliser le flash ?
- En plein soleil ! Contrairement à ce que l’on pourrait croire, le flash est tout simplement parfait pour les photos d’extérieur lorsque le soleil est fort. Un léger coup de flash permettra d’éclairer ombres disgracieuses (on parle de « déboucher les ombres »), telles qu’un chapeau qui masquerait les yeux ou une partie du visage dans l’ombre. Cette technique d’éclairage au flash en plein jour se nomme « fill-in ». Les appareils numériques permettent de forcer l’usage du flash même en plein soleil. N’hésitez pas à le déclencher les jours de très beau temps,
- En Contre jour. Lorsque le soleil est face à vous, la cellule du capteur de votre appareil est trompée par une trop grande luminosité ambiante et aura tendance à « compenser » en sous-exposant. Votre sujet risque d’être bien trop sombre ! En cas de contre-jour, le flash sert alors de lumière d’appoint pour éclaircir uniquement les zones d’ombres. Il permet ainsi de récupérer les erreurs de calcul de votre appareil et votre sujet sera alors bien exposé,
- En photo d’intérieur à condition de régler le flash en mode « second rideau ». Il s’agit habituellement d’un mode scène spécifique (scène « soirée », « photo d’intérieur » ou « photo de nuit » ou « synchronisation lente » selon les appareils). Le flash sera réglé pour éclairer uniformément toute la scène et non uniquement le premier plan. Un choix idéal pour les photos d’intérieur.
- Dans tous les autres cas de figure, à partir du moment où vous commencez à maîtriser votre engin.
Exemples pratiques
J’ai procédé à différents tests d’éclairage d’une scène banale : sans flash, avec flash orienté vers le plafond, avec flash direct et avec flash muni d’un réflecteur.
Les conditions de prise de vue sont celles-ci : début de soirée, sujet éclairé par une fenêtre latérale. L’appareil photo est placé à environ 70cm du sujet, lui-même positionné à 1 mètre du mur du fond. Les photos n’ont pas été retouchées et effectuées en mode Priorité Ouverture (Av) à F/4 et 400ISO.
Je vous laisse tirer vos conclusions et vos préférences personnelles…
1- lumière naturelle, pas de flash
La scène est globalement sombre et certaines parties sont sous-exposées. Le mur blanc devient gris. Sur la partie gauche du visage, des ombres sont créées par la seule source d’éclairage provenant de la fenêtre à droite de la scène.
2- flash orienté vers le plafond blanc, correction +2/3
La scène est éclairée de façon plus homogène et plus agréable. La lumière du flash rebondit sur le plafond blanc et apporte un éclairage diffus qui illumine globalement l’ensemble de la scène. On peut noter toutefois que certaines ombres sont projetées vers le bas : on remarque que les zones sous le cou et le nez sont légèrement assombries. Fort heureusement, le sujet n’avait pas de cernes sous les yeux, qui auraient pu être exacerbées par ce type d’éclairage !
3- flash direct, correction +0
Le sujet est légèrement surexposé par endroits (quelques reflets du flash sont visibles) et la scène a perdu de sa colorimétrie naturelle : la lumière froide du flash direct a eu raison des températures chaudes de la pièce. Des ombres dures sont projetées (ex: la main sur le coussin orange), on peut même distinguer l’ombre du sujet sur le mur (au niveau du cou et du coussin orange).
4- flash réfléchi à l’aide d’un réflecteur, correction +2/3
Le flash est orienté vers le plafond, mais sa lumière est redirigée (et diffusée) vers le sujet à l’aide d’un réflecteur Lumiquest Pocket Bouncer. La scène reste globalement plus froide qu’au naturel, mais l’exposition est plus homogène (pas de surexposition du sujet ni de reflets du flash), et les ombres sont atténuées et diffuses.
Ressources
- Le magazine Compétence Photo, dont l’un des numéros est consacré au flash
- Pour ne plus louper vos photos avec flash (partie 1)
- Pour ne plus louper vos photos avec flash (partie 2)
- Un ensemble d’articles consacrées à l’exposition et à la photographie au flash traduits en français. Cette série d’article est tout simplement époustouflante et vous rendra amoureux de votre flash (merci David pour cette ressource)
- Mon nouveau jouet : Lumiquest pocket bouncer pour flash





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Merci pour les articles!
Donc si je comprends bien, si on n’a que simple flash de son reflex (pas encore de flash dit « cobra »), mieux vaut le désactiver? Ou alors les conseils dans la partie « Mais alors, quand utiliser le flash ? » fonctionnent aussi dans mon cas?
nico : le flash intégré d’un reflex est très bien, à condition de bien comprendre qu’il est moins puissant et moins « intelligent » qu’un flash externe de type cobra.
Les conseils de la partie « quand utiliser le flash » sont tout à fait appropriés, mais attention à ne pas utiliser le flash à moins d’un mètre ou à plus de 5-6 mètres.
parfait, merci bien!